Régis - Convention de Toulouse

* Merci a Grenouille pour cet interview

Régis Passera, 39 ans, n'est pas tatoueur mais passionné, qui au-delà de se faire encrer sa propre peau, participe à la valorisation du tatouage en organisant notamment la Convention Internationale de Tatouage de Toulouse, dont la première édition a eu lieu en janvier 2006. Rencontre.

 
Régis Passera, 39 ans, organisateur de la Convention Internationale de Tatouage de Toulouse.

A quand remonte ton intérêt pour le tatouage ?
Je ne pourrais pas donner d’âge exact mais je me souviens que petit, avant d’aller à la piscine, j’empruntais le khôl de ma mère pour dessiner une ancre marine sur mon épaule. J’ai toujours voulu ressembler aux marins des Révoltés du Bounty, aux motards de L’Equipée sauvage ou aux groupes de musique que je voyais dans Les Enfants du rock… Pour moi c’était avant tout être différent et anti-conformiste…

Quand et comment t’es venu l’idée d’organiser une convention ?
Après 15 années passées à bourlinguer aux quatre coins de la planète et une dizaine de tatouages, j’ai décidé de revenir et de m’installer en France. J’ai atterri à Toulouse en 1999 et c’est là que j’ai commencé à fréquenter les conventions françaises et européennes : Madrid, Barcelone, Milan, Berlin, Genève, Birmingham, Bordeaux, Paris, Chalon-sur-Saône, Strasbourg, Poitiers, Béziers… Chaque fois je ne pouvais m’empêcher d’avoir un regard critique sur l’événement : « Tiens, ça c’est bien, bonne idée » ou « ah là j’aurais fait autrement »… et sur certains trucs qui me prenaient vraiment le chou comme le bruit, la fumée et les animations ! Du coup, j’ai appris énormément en observant, et j’ai vite commencé à penser que Toulouse avait un vrai potentiel pour un tel événement… Quelques essais avait déjà été expérimentés par le passé mais rien de très concluant… A force de ruminer ces pensées, j’ai décidé ne plus être spectateur et de me lancer…

Comment l’idée a-t-elle été accueillie par les tatoueurs Toulousains ?
Les tatoueurs toulousains sont nombreux mais je n’en fréquente que quelques-uns, dont Olivier d’Atyka Body Works, Henrik, Eskimo, Guy de Dom Tattoo… Ce sont eux qui me tatouent : la première surprise passée, ils ont plutôt bien accueilli mon projet et étaient d’accord sur le fait que cela manquait à Toulouse… Pour les autres je ne sais pas, il faudrait leur demander !

La première édition a-t-elle répondu à ce que tu espérais ? Quels ont été les échos venant des tatoueurs et des autres professionnels qui y ont participé ?
Il y a bien sûr toujours des imperfections à corriger mais je mentirais en disant que la première convention n’a pas répondu à mes attentes : avec plus de 6000 entrées et plus de 70 tatoueurs présent, cette édition a été un succès et j’avoue que j’en suis fier ! La phrase que j’ai le plus entendu venant des pros est : « C’était bien organisé ! » Et c’est précisément ce dont je voulais qu’ils se souviennent : une organisation sans faille, aux petits oignons ! Ils ont aussi tous beaucoup travaillé, et ça c’est vraiment un plus bien sûr pour les tatoueurs : ils n’ont pas fait le déplacement pour rien ! La qualité était au rendez-vous, de mon côté j’ai fait mon possible pour faire venir les gens, il faut croire que la recette a été fructueuse.

Comment se présente la seconde édition ?
Plus que bien… Tous les stands et emplacements sont réservés depuis le 15 juin : complet plus de six mois avant la date ! J’ai du refuser de nombreux tatoueurs, ce n’est pas simple mais je n’avais pas le choix… Après tout je ne vais pas m’en plaindre, ça prouve que ça a vraiment bien fonctionné la première fois. Pour la seconde, je vise les 8000 entrées, 2000 de plus que l’année passée, c’est un gros défi mais je fais tout pour y arriver. Au-delà de la fréquentation, mon objectif est surtout de mettre l’accent sur l’art du tatouage, en proposant encore plus d’animations directement liées à l’art sur la peau : une grosse expo photo, une performance artistique, du body-painting, et par-dessus tout une grande qualité et diversité au niveau des artistes présents. Je souhaiterais vraiment centrer l’événement sur sa vocation initiale : le tatouage. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai zappé les performances de suspensions : ça s’est très bien passé l’an passé, je n’ai rien à dire sur l’équipe qui a assuré la perf pour la première édition, d’ailleurs ils reviennent pour la seconde, mais sur un stand cette fois : seulement je suis passionné de tatouage et je ne dois pas oublier que c’est cette passion qui m’a donné envie de me lancer dans cette convention… Je préfère laisser à ceux qui connaissent mieux l’organisation d’événements plus largement orientés « bodmods »…

Les conventions de tatouage se multiplient proportionnellement à la multiplication des studios de tatouage : cette « concurrence » te semble-t-elle saine ou dommageable ?
La concurrence n’est jamais dommageable, elle te pousse à être meilleur, plus performant, plus exigeant… La multiplication de ce genre d’événements répond aussi à la demande du public… Inévitablement, certaines conventions ne sont faites que dans l’idée d’un bon coup financier, et c’est souvent au détriment du confort, de l’hygiène, de la sécurité… et, le plus important, de la passion : On finit par assister à des sortes de foires qui n’ont plus grand chose à voir avec le tatouage, et c’est ça qui est dommageable…

Quels moyens spécifiques as-tu prévu pour le « confort » sanitaire des tatoueurs ?
Tout d’abord une salle récente, inaugurée en 2004, carrelée, bien entretenue et parfaitement propre, avec bien sûr un stand de stérilisation, tenu par la société Mediware. Je mets aussi à disposition de chaque tatoueur des récupérateurs d’aiguilles. La salle où officient les tatoueurs est non fumeur et les animaux sont interdits.

Personne ne peut dire quand elle sera effective et quel en sera le contenu précis, mais une réglementation est en préparation Ministère de la santé : elle prévoirait notamment des espaces fermés du public pour les actes de tatouage. Penses-tu que de telles contraintes puissent être mises en œuvre en convention ?
Des installations fermées ont déjà été installées en convention, à Barcelone par exemple : c’est certain l’ambiance n’est pas la même… En Espagne, les autorités sanitaires sont très exigeantes depuis quelques temps, elles imposent même un point d’eau dans chaque stand ! Le problème d’une telle réglementation c’est le coût de l’installation : le prix d’un stand pour un tatoueur est déjà élevé, alors imaginez celui d’un « aquarium à tatoueur » avec lavabo incorporé… Pour Toulouse, je m’adapterai autant que possible, j’attends de voir…

Que souhaiterais-tu ajouter à l’attention des tatoueurs et des tatoués qui te liront ?
Keep France beautiful, get tattooed… at the Toulouse Tattoo Convention !